Alice Miller, abus et maltraitance de l'enfant

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Quelle serait ma façon de penser si j'avais 20 ans aujourd'hui.
dimanche 25 mai 2008

Bonjour,

J'ai découvert vos livres il y a quelques mois, et leur lecture m'a donné envie de suivre des études de psychologie. Vous dites, notamment à la fin de L'Avenir du drame de l'enfant doué que la recherche à encore du chemin à faire, et qu'il reste encore des patients qui n'arrivent pas à se libérer de leur détresse, même après une thérapie.
J'aimerais vous demander en quoi a consisté concrètement votre métier de chercheuse sur l'enfance. Je souhaiterais également vous demander vers quel domaine de la psychologie il vous paraît le plus fécond de se diriger pour poursuivre la recherche sur la maltraitante des enfants. Avez vous une "idée" du travail qu'il resterait à accomplir, des orientations à donner à la recherche sur le sujet ? Que conseillerez vous à une personne comme moi qui souhaite faire avancer les choses en matière de maltraitance des enfants?

Je suis perturbé parce que je constate que malgré l'importance de votre découverte, et malgré l'éloquence de vos livres, rien ne semble vraiment changer. Le fossé semble tellement immense pour passer du monde d'aujourd'hui à un monde sans violence, cela à cause de l'inertie des hommes, et de l'impénétrabilité de leurs défenses. Alors que faire ? Continuer la recherche pour découvrir des preuves encore plus frappantes que la violence contre les enfants est un crime, en espérant que cela fera changer les mentalités ? Ou alors faut-il passer à l'action en informant les parents sur les dégâts que provoque la maltraitance, mais cela résoudra-t-il aussi les violences psychologiques ? Faut-il conquérir le poste de président de la république et interdire la fessée, et donner des cours aux parents ?

Personnellement j'envisage m'orienter vers la recherche en psychologie car je pense nous sommes encore à la préhistoire de cette science, et qu'un approfondissement de cette science et de nouvelles découvertes pourront faire évoluer les médecins et les psychologues. Je crois que les psy d'aujourd'hui sont comme les médecins de l'époque du Malade Imaginaire (XVIIe siècle), et que seule la démonstration que leurs méthodes sont absurdes et néfastes pourra changer les choses. Qu'en pensez-vous ? Que feriez vous si vous aviez 20 ans en 2008 ?

Je vous remercie infiniment pour votre travail, et si vous me répondez, merci de votre réponse.

AM: Vous me demandez quelle serait ma façon de penser si j'avais 20 ans aujourd'hui.
Probablement que je penserais comme tout le monde, qu'il me faudrait aimer mes parents même s'ils m'avaient humiliée et empêché de vivre en liberté en accord avec mes besoins vitaux et ma nature.
Je ne me suis réveillée qu'à 50 ans quand j'ai décelé le mensonge de la psychanalyse que j'ai décrit dans mon livre "L'enfant sous terreur", les vives réactions suscitées par cette mise en lumière, m'ont fait comprendre la force destructrice du déni.
En ce temps là, j'ai cru que pour arrêter la production de la violence, il me suffirait d'expliquer qu'elle prend ses racines dans le culte de nos ancêtres.
Après 30 ans d'explication, j'ai réalisé que ma découverte ne pouvait être comprise que par une très petite minorité de gens. J'ai donc cherché les causes de cette incapacité que j'ai trouvée dans la peur de l'enfant terrorisé qui reste en nous tous:
- La peur de voir nos parents et leurs traitements envers nous, sans illusions.
- La peur d'être puni pour sentir la révolte, mais surtout la peur de se trouver dans des mains dangereuses.
Il y a très peu de gens qui veulent et peuvent travailler sur ces peurs mais il arrive aussi, grâce à ce travail, qu'ils comprennent tout ce que j'ai écrit. Ce sont des exceptions bien sur. C'est pourquoi les études de psychologie ancrées dans la morale traditionnelle ne nous apportent rien si nous n'avons pas fait ce travail sur la réalité de notre passé.

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