Article de Brigitte Oriol le Déni : Enfant en danger octobre 2013

Thursday 16 January 2014

Article de Brigitte Oriol le Déni : Enfant en danger octobre 2013

Article pour la revue : « Que vivent nos relations »

Le Déni : Enfant en danger.

Comment arrive-t-on à crier sur un bébé, à le secouer pour faire cesser ses pleurs, à claquer ses cuisses parce qu’il nous a cogné en gesticulant…?
Comment en arrivons-nous à mettre un enfant au piquet, parce qu’il fait trop de bruit, à le fesser parce qu’il a fait pipi dans sa culotte, à l’enfermer dans sa chambre parce qu’il n’est pas gentil avec sa sœur, à le priver de parc parce qu’il ne prête pas son seau au bac à sable ?

Toutes ces attitudes n’existeraient pas si nous ne les avions pas apprises très tôt dans notre vie par nos propres parents qui les pratiquaient déjà pour se faire obéir et garder le pouvoir sur nous!

Il est loin d’être évident de sortir de ces schémas de répétition. Il n’y a qu’à voir le tollé que provoque la campagne publicitaire de la Fondation pour l’Enfance diffusée sur nos petits écrans pour sensibiliser le public contre les violences éducatives ordinaires envers les enfants !

http://www.fondation-enfance.org/actus/campagnes-violences-educatives-2013.html

La majorité d’entre nous sommes restés des partisans d’une éducation basée sur la crainte, même si la plupart ne réalise pas que ces méthodes font terriblement peur aux enfants, ont des conséquences graves sur leur développement et sont forcément à l’origine de relations faussées.

Pourtant de nombreuses études prouvent la nocivité de ces traitements, plus personne ne peut ignorer les répercussions de ces agissements au niveau du cerveau et, malgré cela, nous nous accrochons au vieil adage selon lequel « une bonne fessée de temps en temps… ».

Alice Miller expliquait ce phénomène par un seul mot : Le Déni.
Nous sommes des êtres programmés pour manifester les meilleurs soins à notre progéniture, de la tendresse, de l’attention, de l’affection et la nature nous a également physiologiquement dotés pour recevoir des traitements positifs.
En revanche, il n’a pas été prévu de système pour surmonter sans dommage les mauvais traitements, ni même un moyen pour les effacer, car tout ce qui nous arrive dans notre vie reste stocké dans nos cellules comme des informations.

Le seul mécanisme de sauvegarde que nous possédons en cas de traitements insupportables, c’est de faire disjoncter notre circuit émotionnel qui provoque une dissociation : de cette façon, on se coupe de nous-mêmes comme si nous étions « spectateur » de ce qui nous arrive au moment des faits, ce qui nous permet aussi de nous soustraire à la douleur que l’on ressent.
Si nous n’avions pas cette faculté, nous pourrions mourir de peur ou de douleur et c’est grâce au moyen du refoulement et du déni que nous nous protégeons de la mort.
C’est ainsi que nous pouvons rayer de notre mémoire les attitudes blessantes, les carences affectives, les humiliations, les manipulations, les menaces, les claques, les coups de ceinture, les abus sexuels ou toute autre forme encore de brutalité, OU MEME tenir des discours sur les bienfaits de ces traitements et les reproduire sur nos enfants sans penser faire du mal puisque nous nous sommes coupés de notre douleur.

Autant ce mécanisme de sauvegarde nous a sauvé la vie quand nous étions des enfants sous l’emprise de la violence ou des déficiences de nos parents, autant il devient dévastateur si nous ne le désamorçons pas.

Nous pouvons infliger alors toutes les formes de punitions, d’humiliations, de coups sur nos enfants sans penser qu’ils peuvent endommager leur capacité d’empathie, de réflexion, de confiance en soi, de confiance aux adultes, de sérénité, de compétence intellectuelle, de santé immunitaire…..
Quand nous persistons dans l’ignorance de notre propre enfance, qui je le rappelle est stockée dans nos cellules, nous mettons nos enfants en danger par nos cris, nos coups, nos humiliations, notre négligence….
Car c’est cette histoire que nous avons refoulée qui nous pousse à agir violemment avec nos propres enfants sans pouvoir nous contrôler parfois et sans en avoir l’intention.

Ces émotions qui nous habitent, quand nous sommes excédés par nos enfants, nous forcent à ressentir et à comprendre ce que nous avons occulté jadis et qui explose aujourd’hui. Elles peuvent revenir à chaque fois que nous sommes blessés ou contrariés et nous ne pouvons les empêcher d’apparaître parce que notre corps nous demande de l’écouter.

Aucune personne capable de brutaliser un enfant, de n’importe quelle forme que ce soit, ne peut prétendre avoir vécu une enfance sans abus de ses parents.
Ce qui veut dire que dès que vous avez des comportements agressifs ou inappropriés avec vos enfants, cela devrait vous donner un indice sur votre propre mémoire refoulée. Pouvoir ressentir tout ce qui se rattache à cette mémoire, (même si vous ne vous souvenez pas précisément des faits), juste pour comprendre ce qui vous empêche de garder un lien affectueux avec celui qui est cher à votre cœur.

Si vous êtes capable de ne pas nier le fait d’avoir vécu des traitements inadaptés dans votre enfance et de ressentir la douleur qu’ils ont occasionnée jadis, alors il n’y aura plus de risque que vous leviez la main sur votre progéniture, ni même que vous teniez des discours insensés sur l’éducation car vous saurez dans votre chair, qu’un enfant souffre quand il est humilié, frappé ou qu’il manque d’affection.

Ce lien affectif si important à créer dès les premiers instants de la vie, dessine par la suite l’adolescence et l’âge adulte.
Un enfant qui a manqué d’affection, de relation, de respect, de compréhension vit dans la confusion de ses vrais sentiments, ce qui revient à dire qu’il lui manque sa boussole pour savoir s’orienter dans sa vie et cela durera autant de temps qu’il restera dépendant de son déni.
En revanche, un enfant que l’on a accompagné vers l’autonomie et le respect de sa personne, ce qui ne veut pas dire sans conflit mais dans un climat où le désaccord est possible et les émotions considérées, aura beaucoup plus de chance de savoir se diriger dans sa vie vers des relations saines et attentionnées ainsi que prendre soin de lui-même.

Brigitte Oriol

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